Le prédateur et la proie

Un western ! Oui mais made in Europe, cela fait bien longtemps que nous n’en avions pas vu. Seuls les États-Unis en produisent d’habitude. Soit avec de grands budgets confortables façon blockbuster, soit de manière indépendante avec un petit budget. Mais avec Brimstone, est ce que le cinéma européen va-t-il se montrer aussi ambitieux que le cinéma hollywoodien ?

brimstones

Brimstone de Martin Koolhtoven (sortie le 22 mars 2017)

Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Carice Van Houten, Emilia Jones, Kit Harington

Note : 16/20

Synopsis : Dans l’ouest américain, Liz une jeune femme muette tente d’échapper à un prêcheur sadique. Leurs destins sont liés par le sang et la mort et cela depuis des années.Les westerns, à notre époque, se font rares et quand ils sortent ils déclenchent une sorte d’enthousiasme mêlée à de la curiosité. L’année dernière nous avions eu droit à deux westerns made in Hollywood avec d’un côté le violent et jouissif Les huit salopards de Quentin Tarantino et de l’autre un remake d’un remake d’un classique du cinéma avec Les 7 mercenaires d’Antoine Fuqua. Mais un western européen jamais ou bien de manière très…nationale dirons-nous (800 Bullets de Alex De La Iglesia). Or voici que débarque de par chez nous un western atypique venu des Pays-Bas ayant trouvé de multiples financements un peu partout en Europe (France, Allemagne, Belgique) avec des acteurs et actrices hollandais et hollandaises mais également américains.

Cela ne vous rappelle rien ? Si, bien sûr ! La vague de films de western italien qui a déferlé sur les écrans de cinéma durant les années 60 et 70 avec des films comme Il était une fois dans l’ouest, Django, Mon nom est personne…d’ailleurs leur succès fut tel que aujourd’hui on parle de cinéma à la Sergio Leone, à la Corbucci, de western lyrique, opératique, leur influence à même gagné Hollywood. Bref.

Brimstone est un film digne de ces westerns de ces années. Il en a toutes les qualités. Brimstone est un film à la violence sèche, frontale, à la limite, voir même, gore. Mais cette violence n’est pas gratuite ou jubilatoire comme elle pourrait l’être dans un film de Tarantino ; elle sert une histoire où la vie et la mort s’entremêlent et s’entrechoquent. Brimstone est un rape and revenge movie (traduction : un film de viol et vengeance) sur fond de fanatisme religieux. En effet le film suit une structure classique d’une jeune fille/femme victime d’un viol et qui finira par se venger de son bourreau en lui faisant payer de la manière la plus violente qui soit.

Dans ce western crépusculaire, le réalisateur Martin Koolhtoven multiplie les références à ce sous-genre du film d’exploitation, on pense bien évidemment à ce film méconnu mais pourtant culte dans les milieux cinéphiles They call her one eye (film qui a fortement influencé le Kill Bill de Quentin Tarantino). Mais le réalisateur cite évidemment le cinéma italien avec ses deux porte-étendards qui sont Sergio Leone et Sergio Corbucci. Le premier pour sa réalisation privilégiant les grands espaces (qu’ils soient désertiques ou verts) et donc les plans larges à grand angle mais également les gueules cassées façonnées par la poussières l’usure du temps et donc les gros plans. Quant à Sergio Corbucci son influence se remarque plus dans sa façon d’aller plus loin dans le genre qu’il exploite : sa violence est décuplée, les silences sont plus lourds ; bien sûr on notera l’influence de son film nihiliste Le grand silence dans la dernière partie de Brimstone (mais chut pas de spoiler).

Mais que serait un film parfait plastiquement sans un casting aux petits oignons ? Martin Koolhtoven un casting international de sa Hollande natale aux collines de Hollywood. Commençons par la très bonne surprise qu’est Dakota Fanning. Se faisant plutôt rares sur les écrans français depuis la saga Twilight, la jeune actrice, que beaucoup considérait comme l’étoile montante d’Hollywood, a trouvé dans Brimstone à la fois son plus beau rôle mais également le plus extrême. Dakota livre une performance ahurissante jouant le rôle d’une femme muette qui doit survivre dans un monde hostile. Ne parlant pas durant quasiment tout le film, elle réussit à transmettre toutes les émotions de son personnage à travers ses yeux, sa gestuelle.

Face à elle, Guy Pearce, qui joue le rôle du prêcheur, un être sadique et halluciné, est épatant voir même terrifiant, on peut facilement déceler l’influence du tueur au masque Michael Myers dans la saga Halloween dans sa gestuelle, sa stature (par la magie des angles des caméras on dirait que Guy Pearce est un géant dévoreur d’enfant).

Carice Van Houten (Black Book de Paul Verhoeven) est également incroyable, bien qu’apparaissant durant quelques minutes, elle imprègne la rétine de sa présence fragile et totalement dominée. Emilia Jones (Doctor Who) est de la trempe de Carice Van Houten et ressemble à une poupée de chiffon souillée par la crasse humaine.

Quant à Kit Harrington (Jon Snow dans Game of thrones), son personnage n’a qu’un rôle secondaire dans l’histoire mais son alchimie avec Emilia Jones fonctionne parfaitement bien.

Brimstone est un film qui parle de notre société, du rapport entre l’homme et la femme et des dangers du fanatisme religieux et Martin Koolhtoven n’y va pas de main morte et se montre d’une extrême brutalité provoquant à la fois le dégoût, la colère, l’impuissance du spectateur malheureux.

Pour finir, nous pouvons dire que Brimstone est un western incroyable porté par une réalisation, un scénario et un casting sublimes. Brimstone n’a pas à rougir de rivaliser aisément avec les huit salopards ou les 7 mercenaires. Bientôt un retour en force du western européen ?

 

Alexis du CIné@lex

 

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