Devoir de mémoire

Il faut sauver le soldat le Ryan est l’une des expériences cinéma les plus mémorables, pas forcément dans le sens que l’on entend d’habitude mais bien dans le sens que chaque vision ne laisse jamais indifférent. On se sent vivre quelque chose d’unique et fort.

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Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg
avec Tom Hanks, Tom Sizemore, Matt Damon, Edward Burns, Jeremy Davies, Barry Pepper, Adam Goldberg, Vin DIesel

Note: ♥♥♥♥

L’histoire se situe pendant la seconde guerre mondiale, quand les alliés et plus particulièrement les américains débarquent en France, en Normandie le 6 juin 1944. Le capitaine Miller est un officier des rangers qui a pour mission de retrouver le soldat Ryan pour le renvoyer chez lui après la mort de ces trois frères sur le champ de bataille.
De l’ouverture à la conclusion du film, nous assistons à une histoire fermée avec répétition de même plan, d’effet de mise en scène dramatique (le film s’ouvre sur un drapeau américain et se termine sur ce même drapeau) certain y verront un patriotisme marqué mais cela peut se voir également comme une histoire raconté d’un seul point de vue, celui des américains et de leurs soldats.
Mais le plus frappant dans ce film de guerre, ce n’est pas la démonstration du patriotisme américain que cherche Steven Spielberg mais bien le devoir à accomplir. Ainsi après une entrée en matière calme où un vieil homme déambule dans le cimetière militaire américain de Colleville-sur-mer, nous entrons au fur et à mesure dans le vif du sujet voir l’enfer de la guerre.
Ainsi les 15-20 premières minutes du film, nous voici jetés en débarquement de Normandie, pas de glorification de la guerre, pas d’héroïsme de la part des soldats. Les visages sont fatigués, marqués, les équipements semblent déjà usés avant même d’être utilisés. Pendant tout ce laps de temps plutôt court, Spielberg fait monter la tension avec des gros plans de visage. Et puis l’horreur arrive, le sang coule, la chair explose, les corps sont mutilés… ce film est du jamais vu (mis à part Requiem pour un massacre) et venant de la part d’une grosse production hollywoodienne (90 millions de dollars à l’époque) la prise de risque est élevée mais le pari est réussi.
En seulement quelques minutes, nous sommes médusés par ce spectacle terrifiant… et pour renforcer le réalisme de ses scènes le réalisateur des Dents de la mer utilise de manière judicieuse et intelligente la caméra à l’épaule (chose peu fréquente à l’époque) mais réussit à conserver une lisibilité parfaite dans ces grandes scènes de combat (chose que l’on ne voit plus trop dans les grosses productions aujourd’hui). Car oui… Steven Spielberg s’adapte à son film et devient dès lors le précurseur de la caméra à l’épaule. Mais ce réalisme est renforcé de nouveau par une dessaturation des couleurs qui insuffle à la fois un aspect documentaire et authentique au film. Pour ce qui est du travail de la photographie, les plans sont très beaux malgré leur violence sèche et certains jeu de lumière donne une impression étrange, épique, lyrique (voir le plan de nuit des soldats qui marchent avec en arrière plan les explosions qui ressemblent à de la foudre qui s’abat sur terre). L’oscar du meilleur réalisateur est amplement mérité ainsi que l’oscar de la meilleure photographie.
Steven Spielberg ne se montre jamais complaisant avec le propose de l’histoire.
D’un point de vue scénario, Il faut sauver le soldat Ryan évite de verser dans le patriotisme beauf républicain, l’histoire montre des hommes qui luttent pour survivre dans un monde plongé dans l’horreur. le sujet de l’histoire parle de sacrifice mais de sacrifice pour l’autre, pas de sacrifice idéologique car sur un champ de bataille l’idéologie n’a plus sa place “Eh bien tes principes tu te les fous au cul avec ton nouveau pote” comme dira le soldat Reiben au caporal Upham.
Dramatiquement Il faut sauver le soldat Ryan propose des passages extrêmement durs voir pénibles à regarder. Les morts sont très violentes et le sang coule par litre, la mise en scène de Spielberg, sans jouer au voyeurisme, montre à quel point mourir est pénible et cruel.
Passons aux personnages et à leur interprète.
Au niveau des personnages, tous ont leur caractéristique propre comme par exemple Reiben est la grande gueule, Upham l’idéaliste, Sergent Horvatt l’expérimenté et le capitaine Miller le mystérieux.
Le capitaine Miller est intéressant car en tant que personnage principal on ne sait rien de lui, on comprend qu’il a l’expérience du combat mais c’est tout. Le fait que Tom Hanks, réputé pour jouer les rôles de Monsieur tout le monde, endosse ce rôle insuffle une proximité entre le spectateur et le capitaine Miller mais avec une certaine distance quelque peu froide.
Miller apparaît sûr de lui, excellent dans sa fonction et pourtant à 3 moments précis du film, il révèle ses faiblesses (lors du débarquement sur Omaha Beach, après l’attaque d’un bunker et à la bataille de fin). Le capitaine Miller représente tout ce q’est un soldat mais également ses paradoxes (son devoir de soldat est en lutte permanente avec ce qu’il était avant d’être soldat).
Bien sûr les acteurs sont tous très bons comme Edward Burns, Tom Sizemore et Matt Damon mais également Jeremy Davies, qui avec sa stature frêle et son visage plus “angélique” que ses camarades, donne vie à un personnage très difficile à jouer mais sans verser dans le pathos ou le cabotinage.
Et enfin l’un des derniers points forts de Il faut sauver le soldat Ryan, c’est bien sûr son ambiance sonore et sa musique. Le son est remarquablement travaillé et donne vraiment l’impression d’avoir les pieds dans la guerre, les balles sifflent, craquent, les obus explosent à côté de nous, les hurlements sont terrifiants et les chars allemands sont terrifiants (l’iconisation de leur redoutable efficacité et parfaitement, on dirait presque une retranscription, durant la seconde guerre mondiale, du camion diabolique de Duel).
Pour ce qui est de la musique, le travail de John Williams est à applaudir, le génial compositeur de Star Wars se refuse de verser dans le patriotisme, le mélodrame, le pathos, il verse plutôt dans la douleur, le sacrifice, le chant funeste. Les mélodies qu’il a composé sont superbes et restent gravées dans la tête longtemps après la fin du film.
Il faut sauver le soldat Ryan est un film qui marque les esprits mais également le cinéma et qui chamboulera la façon de retranscrire la guerre (moderne ou passé) mais quoi qu’il en soit le film est bien un pamphlet contre la guerre. Steven Spielberg a gagné son pari: celui de faire un vrai film anti guerre sans cynisme et sans patriotisme.

 

Alexis du Ciné@lex

 

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