Money !

Les mots me manquaient pour dire du bien de ce grand film de Scorsese, nouveau bijou à considérer comme  une pierre précieuse dans la filmographie d’un des derniers monstres sacrés de la caméra, mais qui a toujours été boudé par Hollywood et les oscars avant d’être récompensé pour les Infiltrés (remake du film hong-kongais Infernal Affair). A plus de 71 ans, Scorsese démontre encore une vivacité de jeune réalisateur prometteur. 

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Le loup de Wall Street de Martin Scorsese

Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Matthew McConaughey, Margott Robbie, Kyle Chandler, Rob Reiner, Jean Dujardin

Note: ♥♥♥♥

Le loup de Wall Street est l’adaptation d’un livre autobiographique écrit par Jordan Belfort, un ancien trader trop ambitieux et qui a fini par se mordre la queue à force de se frôler à la décadence.

Martin Scorsese revient à ce qui a fait son succès et sa réputation de “filmeur de la violence”. En effet imaginez Le loup de Wall Street comme une rencontre entre Les affranchis, Casino (nous suivons l’ascension et la chute de l’anti héros) et Raging Bull (l’anti héros change au fur et à mesure que l’histoire avance, que ce soit dans son comportement que dans sa transformation physique). Mais également à travers un scénario qui laisse la parole à son protagoniste principal, plus en voix off mais bien en s’adressant à ses spectateurs directement devant la caméra et qui donne lieu à des moments d’anthologie très cocasses et une mise en scène efficace servie par une réalisation ultra efficace et dynamique.

Si l’on savait que Martin Scorsese était capable de filmer des instants de violence brutaux et traumatisants, il est capable de filmer avec une aisance déconcertante la comédie… mais également le thriller, le polar, le drame et la critique sociale.

Car Le loup de Wall Street est tout ça à la fois et le réalisateur de Taxi Driver réussit à faire coexister les genres précités sans que l’un empiète sur l’autre… en fait disons que sur les 3 heures de film (si, si) on rigole pendant 2 heures sur des situations improbables, du “fuck, shit, mother fucker”, des engueulades mais qui laisse place, ensuite, à un malaise de plus en plus présent et à une réalité que Jordan Belfort n’a jamais caché: tout le monde veut être riche mais seuls les plus malins y arrivent.

Après tout, si les voies de la bourse nous semblent impénétrables, le personnage de mentor de Belfort interprété par un Matthew McConaughey complètement allumé nous explique clairement que la bourse n’est que du vent, du baratin ainsi plus besoin de se soucier de ce que ça veut dire car le plus important est de comprendre que Belfort cherche à devenir de plus en plus riche mêm si cela implique de s’adonner à toutes les magouilles possibles et inimaginables.

Dans le rôle de Jordan Belfort, Leonardo DiCaprio livre une interprétation merveilleuse mais qui bizarrement fait penser à un mélange de Ray Liotta des Affranchis et de Robert de Niro dans Casino: le premier pour sa belle gueule et le second pour une ascension qui va s’effondrer avant de revenir au point de départ. Quant aux autres acteurs et actrices du film, cela reste du très bon.

Jonah Hill devient le Joe Pesci des années 2010, même physique, même grande gueule, même folie, même énergie, même décadence. Il interprète le génial Donnie Azoff, un juif à moitié cinglé et grande gueule et grand boulet. Mais à la différence d’un Joe Pesci qui ne rêvait qu’à de plus en plus de pouvoir (ce qui le conduisait généralement à finir dans une caisse en bois), Donnie Azoff reste fidèle à son ami et ne cherchera jamais à le doubler.

Matthew McConaughey est certainement le moins présent du film et pourtant son personnage est le plus intéressant, drôle du film. En une présence d’à peine 15 minutes, il montre ce que va devenir Jordan Belfort: une ordure cynique mais charismatique.

Pour ce qui est de la mise en scène et de la réalisation, il faut noter à un retour au source des films de gangster à la Scorsese mais pas avec de la violence qui explose à la figure mais bien dans sa narration et à son jeu de caméra et l’utilisation astucieuse du champs/contre champs. En créant une dynamique faussement plate, Martin Scorsese la casse grâce à l’utilisation d’un autre angle de caméra qui casse ce rythme pour faire intervenir un évènement impromptu, loufoque ou dramatique (vous le verrez, croyez moi).

De plus le réalisateur de Mean Street joue avec les images: Scorsese est un italien catholique dont la religion a une place importante dans la vie… mais au lieu de se servir de la religion comme moralisateur, il décide d’en détourner l’image pieuse pour en faire une image parodique (les sermons de Belfort à chaque fois qu’il s’adresse à ses employés, l’image de fin, etc…). Tout comme lors d’une mise en parallèle entre la diffusion du dessin animé Popeye à la télé et de la prise de drogue de Belfort (l”issue est quelque peu drôle et terrifiante).

Si l’humour est présent durant les 3/4 du film, Le loup de Wall Street se termine en une sorte de tragédie grecque dans laquelle l’univers de l’anti héros s’effondre (les scènes où Belfort tabasse sa femme et décide de partir avec son enfant en sont la preuve, il ne maitrise plus rien).

Mais Scorsese se refuse à donner des leçons, il montre des choses et laisse le public juger les actions de Belfort et de son entourage et de la bourse en général.

Si il y a reproche à faire, disons que par moment le film tourne un peu en rond et on s’ennuie à cause de certaines scènes qui semblent pas très utiles ou redondantes, ensuite Jean Dujardin n’est vraiment pas bon dans son rôle secondaire (il s’agit peut être d’un concession faite par le maître lui même),

Mais durant 3 heures de film, Martin Scorsese a bien prouvé que malgré ses 71 ans il est toujours capable de faire de grand film. Et Le loup de Wall Street est un bon cru. Un des meilleurs films de 2013.

Alexis du Ciné@lex

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