Perdu dans l’espace

G R A V I T Y, un film devant lequel tu trembles tellement tu te prends une expérience sensorielle en pleine tronche. C’est un film qui va à cent à l’heure malgré l’apesanteur, la lenteur des mouvements, les TRES LONGS plans-séquences, la présence unique de deux personnages.

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G R A V I T Y de Alfonso Cuaron
Avec Sandra Bullock, George Clooney

Note : Chef d’œuvre

L’histoire se concentre sur deux astronautes, uniques survivant d’une catastrophe, qui vont tout faire pour rentrer sur Terre alors que le temps joue contre eux.
Alfonso Cuàron mélange tous les genres du cinéma mais en conservant un parfait équilibre entre le réalisme et la fantaisie. Ainsi le film vacille entre le pur film de science-fiction, l’horreur, la comédie, le drame, le survival, l’action, le contemplatif mais n’oublie à aucun moment qu’il y a une histoire à raconter.
Alors à ce qu’il parait c’est un film au scénario vide, creux, pas original… certes l’histoire aurait pu être écrite par un ou plusieurs autres scénaristes mais un scénario n’est pas que des mots, des scènes qui se suivent et un déroulement technique scène par scène plan par plan. Un scénario c’est aussi faire ressentir les choses. Et dans le cas de G R A V I T Y, nous sommes devant une narration directe, frontale.
Le film commence quasiment avec l’accident et pendant toute la durée du film (je n’ai pas compté le temps) on reste collé aux personnages et on vit leur périple jusqu’au générique de fin sans ressentir le moindre temps mort. Le temps n’a jamais eu autant son importance dramatique depuis Buried, avec ce même culot de mise en scène (comment faire tenir le spectateur en haleine avec un unique décor ?). Dans les deux cas, la réussite tient de deux éléments: la réalisation, les personnages.
G R A V I T Y peut certes ne pas s’empêcher à tomber dans le symbolisme, les références à 2001 (et il y’en a) mais ils servent à montrer une évolution dans le caractère des personnages.
G R A V I T Y possède une des mises en scène les plus audacieuses jamais vu du 21ème siècle. Commencer son film (après un générique sobre mais possédant une musique assourdissante comme le bruit d’un réacteur de fusée) par un TRES LONG plan-séquence muet, pour simuler le vide, la mort, qui dure au moins 20 minutes (je suis sûr) où l’on nous présente nos protagonistes, la situation initiale, le décor, les enjeux dramatiques via une communication permanente avec Houston, avant que l’élément perturbateur arrive et nous plonge dans l’horreur. Pas une horreur dans le sens habituel, pas une peur malsaine, mais le sentiment de se retrouver dans une situation incontrôlable où l’on est perdu (dans l’espace), isolé, seul, entre les mains du vide et de la mort. Le défi technique de Alfonso Cuaron est remporté car non seulement il réussit à captiver le spectateur mais à raconter de manière fluide une histoire simple et pourtant difficile de porter à l’écran sans être redondant. Pourtant le réalisateur des Fils de l’homme y est arrivé. Il enchaine les plans-séquences complexes, fourmillant de détails mais qui épouse à la fois le point de vue extérieur (celui des spectateurs) mais également le point de vue interne (celui de Ryan Stones, l’héroïne du film) en un seul plan (voir ce plan-séquence où l’on entre et sort de la combinaison de Ryan Stones pour ensuite retourner dans le vide intersidéral).
Bien sûr Cuaron revient à une mise en scène plus “classique” en adoptant des plans larges, des plans d’ensemble, des plans de coupe. Mais ces plans normaux s’accouplent très bien avec les plans-séquences ce qui fait que l’on n’est pas déstabiliser et mieux on ressent plus l’émotion des personnages et notamment Ryan Stones.
Les personnages, au nombre incroyable de 2, sont superbement décrits: le fait que l’on ne connaisse pas complètement leur passé les rend plus mystérieux, plus émouvant. Matt Kowalski (George Clooney impeccable) est l’homme macho de base, avec les clichés qui vont avec, pourtant on comprend qu’il roule sa bosse depuis des années, que sa vie n’est pas tout rose, pourtant c’est une présence qui rassure comme une figure paternelle/fraternelle. Dans ce rôle très compliqué qui oscille entre le drame et le comique (par petite touche) George Clooney est parfait et montre qu’il est un acteur capable de surprendre.
Et puis honnêtement, Robert Dwney Jr (j’ai rien contre lui) en figure rassurante, ça ne l’aurait pas fait, on n’y aurait pas cru une seule seconde.
Mais bien sûr la palme d’or revient à Sandra Bullock qui porte sur ses épaules le film, présente dans 99 % des scènes du film et on comprend à quel point G R A V I T Y a été dur émotionellement, physiquement et moralement pour elle. Mais elle s’en sort très bien, elle est forte, belle… une petite nomination aux oscars serait le bienvenu. Son personnage, Ryan Stones, est un personnage à la dérive, qui n’a plus de raison de vivre mais qui va puiser dans ce qu’elle a de meilleur pour revenir sur terre et enfin VIVRE. C’est un personnage pour lequel l’attachement est direct. L’alchimie entre elle et le spectateur est sincère car tous les deux se retrouvent dans une situation inattendue et chacun d’eux souhaite en sortir indemne.
Le spectateur traverse le film non pas comme une formalité mais bien comme une expérience unique, renversante, où le sentiment d’avoir la tête en bas, le tournis est ressenti.
La musique est magnifique, et bien que certains ont été déstabilisé par ce détail du son, la musique provoque ou renforce le malaise, la peur, la solitude, mais aussi le combat, la force.
G R A V I T Y est une expérience unique mais belle où l’on fini sur les rotules… mais heureux d’avoir vécu une expérience jamais ressenti.

Alexis du Ciné@lex

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