Kick-Ass pas des briques

Depuis la sortie au cinéma du très bon Kick Ass de Matthew Vaughn, les spectateurs et fans du film et de la BD attendait avec impatience sa suite. Hélas des pépins de production ont fait retarder le lancement du projet et quelques uns des acteurs principaux ont poussé entre temps (regardez un peu Chloé Moretz). De plus Matthew Vaughn n’étant plus le réalisateur espéré pour cette suite, il a du confier le poste de metteur en scène à un jeune réalisateur quasi inconnu du grand public: Jeff Wadlow. 

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Kick Ass 2 de Jeff Wadlow

Avec Aaron Taylor Johnson, Chloé Grace-Moretz, Christopher Mintz-Plasse, Jim Carrey, Clark Duke 

Note : ♥♥

Alors il faut l’admettre, j’étais très sceptique et pas du tout emballé par Kick-Ass 2. Pourquoi ? Kick Ass 2 le comics est d’une brutalité hallucinante (le gore encore plus présent que dans le comics précédent, des scènes de violence extrêmement inconfortables), pessimiste (voir nihiliste), humour très peu présent. Ensuite en ce qui concerne le film, la présence du génial Jim Carrey sur un tel projet pour jouer le colonel Stars&Stripes avait de quoi surprendre (surtout que dans la BD, le colonel ressemble plus à un Punisher masqué qu’à un guignol dégénéré) mais suite à un évènement tragique (fusillade dans une école primaire), l’acteur s’est désolidarisé du film car le jugeant trop violent. De plus il semblerait que, dans une bande annonce du film, les armes aient été supprimé numériquement pour ne pas inciter les jeunes à acheter d’armes à feu. Quand on connait la portée violente de la BD et de sa suite, sans parler de la violence du 1er Kick-Ass et de son message, l’hypocrisie pue à plein nez.

Mais finalement Kick-Ass 2, est ce une bonne suite ? Un bon film ?  Est ce catastrophe ? Une bouse ? Et bien ce n’est pas vraiment un bon film, ni une catastrophe. Etrangement il s’agit d’un film à double personnalité. Si l’esprit super-héros sans pouvoir, composé de personnages complètement crétins mais plein de bonne volonté est présent, tout comme l’idée d’une voix off qui accompagne le film (comme le 1er Kick Ass), une autre partie de cette suite aurait bien voulu se manifester. Exit donc le massacre de gamins innocents qui jouent dans la rue perpétré par le Mother Fucker et sa bande de méchants, exit le viol de Katie Deauxma, tous ces moments dérangeants et malsains qui rendaient l’atmosphère de la BD particulière, sont déconstruits pour offrir des instants de quasi rigolade (Night Bitch humiliant le Mother Fucker sur sa libodo en panne sèche, Mother Russia massacrant des policiers de la manière la plus fun possible). La violence brutale de Kick-Ass 1 parfaitement retranscrite par Matthew Vaughn laisse place à du gore décomplexé: le sang gicle toujours plus loin, plus longtemps. Et les vrais instants de violence vraiment sales sont soit modifiées ou juste trop peu présentes pour être “mémorables”.

On notera quand même une scène de vomi et de caca assez rigolote, car ce sont des pétasses superficielles qui s’en prennent plein la tronche et l’anus (c’est facile je le reconnais).

En ce qui concerne le scénario, il prend le point de vue de nos 3 protagonistes (Dave, Mindy et Christopher) et montre leur évolution en tant que super-héros et super vilain durant 1h40. Si Dave/Kick-Ass n’évolue pas vraiment, restant une chochotte qui ne rêve que de redevenir le super-héros qui s’en prend plein la gueule, Mindy tente de devenir une fille normale (superficielle) auprès de pétasses qui mouillent leur culotte devant des One Direction de pacotille… mais n’y arrive pas, et Christopher décide de se venger de Kick-Ass et Hit Girl en devenant le Mother Fucker (très SM sa tenue). Chacun de ces protagonistes comprendra que son destin est digne d’un super héros/super vilain. Le personnage de Dave a quelque chose d’agaçant (très respectueux par rapport à la BD) et de paradoxal: il veut continuer à être un super-héros mais n’assume pas de passer à l’acte quand il le doit, il continue pendant tout le film à rester au niveau bas et ne prendra conscience de son statut u’à la toute fin du film. Mindy/Hit Girl est la plus intéressante car les enjeux dramatiques qui la concernent sont dignes d’un super héros, elle étouffe ce qu’elle est pour tenter de devenir ce qu’elle n’est pas… mais chasser le naturel est impossible car il court toujours au galop et la voie (voix) du justicier est toujours la plus forte. Pour ce qui est de Christopher D’Amico, le changement est loin d’être son point fort, si il a le look d’un méchant, il n’en a pas les attributs et ressemblera plus à Kick-Ass à ses débuts qu’au psychopathe ultra violent que l’on pouvait voir dans la BD. Durant les 3/4 du film, Christopher chialera, fera des caprices, sera humilier, il ne représentera pas au final la menace prégnante qui plane au dessus de Kick-Ass et ses amis. La vraie menace viendra de son oncle Angy D’Amico, terriblement charismatique et cruel mais peu présent. Pour le reste des personnages, Marty (Clark Duke) est un peu plus développé, un plus sympathique mais pas assez présent pour s’imposer. Javier (John Leguizamo) est un personnage attachant alors que paradoxalement il est le bras droit d’un “méchant” (le Mother Fucker). Night Bitch, bien que sympathique, ne remplacera pas Hit Girl.

Et enfin le génial Jim Carrey est présent durant 15-20 minutes. Si certains s’attendaient à un personnage aussi étoffé que celui de Big Daddy, ils vont être déçus. De plus le Colonel Stars&Stripe n’est plus ce personnage impressionnant par sa carrure et ses actes, comme dans la BD, mais une sorte d’illuminé qui semble toujours incontrôlable. Bien que le personnage soit, c’est vrai, délirant, il ne représente pas une nouvelle figure “paternelle” pour les super héros. Jim Carrey n’a malheureusement pas la carrure pour jouer un tel personnage même si ce dernier est drôle. Mother Russia est excellente et super bien interprétée.

D’un point de vue mise en scène, Jeff Wadlow n’égale pas le talent de Matthew Vaughn et n’apporte pas de dynamisme, il filme de manière conventionnelle une histoire assez bien construite (bien qu’elle tourne par moment en rond) et n’apporte pas du sang neuf ou d’idée de mise en scène (sauf à un moment avec la baston finale), de plus une séquence ressemble à s’y méprendre à une séquence tirée de Sucker Punch. Les scènes d’action sont assez bien filmées même si elles sont rares; mais elles ne possèdent le souffle épique, la nervosité de l’épisode précédent mais ne se démarque pas d’une quelconque inventivité. Dommage.

Pour ce qui est des interprètes, ils jouent tous bien, notamment le trio Aaron-Chloé-Christopher (avec un point de plus pour Chloé Moretz qui s’amuse comme une folle) qui est impeccable, Jim Carrey est assez rigolo, John Leguizamo est trop peu présent. On regrettera de ne pas voir la belle Lindsy Fonseca dans le rôle de Kathie Deauxma (une petite apparition seulement) et des personnages secondaires vite expédiés (les membres de Justice Forever on s’en fiche un peu).

Malgré une assez bonne réalisation, des interprètes convaincants, une BO dynamique et un humour ras des pâquerettes, Kick Ass 2 est moins bon que le 1. La faute a un étalage de violence trop décomplexé, a un scénario trop éloigné de la portée nihiliste de l’œuvre originale et un manque d’imagination dans les scènes de combats. Cela dit on se demande qu’elle sera la prochaine étape dans Kick-Ass 3. Des super-héros et super-vilains qui s’assument comme ils sont ? Qui se battront en armure (possible parodie de Iron Man) ? Qui sait… si Matthew Vaughn revient pour Kick-Ass 3 peut être que le niveau redeviendra bon.              

Alexis du Ciné@lex

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