L’odyssée spirituelle

Il était un petit navire qui n’avait ja-ja-jamais navigué ohé! ohé! ohé! Soyons sérieux le temps de cette critique. Ang Lee est un réalisateur que je ne connais pas vraiment, les seuls films que j’avais vu était Tigre et dragon et Le secret de Brokeback Mountain mais il est assez surprenant de voir un réalisateur/auteur s’attaquer à un film où les enjeux sont tout autant dans le film mais aussi dans la conception.

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L’odyssée de Pi de Ang Lee
avec Irfan Khan,Suraj Sharma, Tabu, Rafe Spall, Gérard Depaedieu

Note: ♥♥♥♥

L’odyssée de Pi est l’adaptation du roman de Yann Martel. L’histoire se concentre sur le destin de Piscine Molitor, un hindou, qui part avec sa famille et son zoo pour le Canada en bateau. Malheureusement le bateau est pris dans une tempête et Piscine (Pi) est le seul survivant… enfin presque… un tigre du nom de Richard Parker l’accompagne dans ce périple.
Le challenge était de raconter une histoire captivante avec un acteur et un animal en CGI. Très casse gueule comme projet, Ang Lee a décidé de traiter son histoire en l’abordant de manière spirituelle, métaphysique mais aussi sur le trompe œil.
Le début du film ne commence pas par Pi jeune que nous voyons grandir mais Pi adulte qui décide de raconter une histoire, son histoire. Ang Lee déroule son film comme une sorte de conte spirituelle. Sa façon de raconter son enfance emprunte beaucoup au ton léger de ces contes pour enfants mais petit à petit que Pi grandit cette magie s’estompe et devient plus dur (cette réalité qui prend le dessus sur la magie de la religion se remarque quand Pi s’essaie aux différentes religions) jusqu’à sa rencontre avec Richard Parker qui montre une réalité plus que choquante (le sacrifice de la chèvre). Pi grandit, se cultive, mais garde au fond de lui cet esprit enfantin (il découvre l’amour et semble inconscient quand la tempête frappe le navire).
Après le naufrage, Pi se retrouve seul et doit apprendre à vivre (et bien sûr à survivre). A partir de ce moment, le jeune homme va devoir appliquer tout ce qu’on lui a appris depuis qu’il est petit. Ang Lee montre, sans voyeurisme mais avec un souci d’être proche de la réalité, Pi face à ce qu’il n’a jamais vu ou échapper: Pi est montré sous sa facette la plus humaine (lâche, peureux, violent, désespéré, fou, calme, réfléchi) chose qui n’était jamais perceptible avant.
La confrontation avec les animaux (zèbre, singe, hyène et tigre) lui renvoie à ce qu’il est et ce qu’il peut être. Mais évidemment la confrontation avec Richard Parker est celle qui possède le plus d’enjeux dramatiques mais aussi vont lui permettre de se remettre en question sa (ses) foi(s) en Dieu. Ainsi ce qui paraissait être au départ un film d’aventure de survie devient un film spirituel et les visions du monde océanique de Pi le ramènent à ce qu’il était ainsi que sa fascination pour les Dieux Hindous (à mettre en parallèle avec le début du film). Et le sens du mot odyssée prend tout son sens car le jeune homme sera confronter à des épreuves en tout genre et qui ébranleront ses convictions.
Pour ce qui est de Richard Parker, il est un animal et restera un animal, il ne sera jamais montré comme un ami mais comme un guide dans la quête de Pi, il se montrera cruel, agressif, mais aussi parfois “humain” mais quand cette quête sera fini et bien…
Techniquement le film est très impressionnant, Richard Parker (qui est un faux tigre) est criant de vérité et on oublie presque qu’il n’est pas réel. Les visions de Pi sont magnifique avec des prédominantes pour le bleu et les visions océaniques ont quelque chose qui rappellent 2001 sans tomber dans psychédélique ou le cheap. Et la 3D est vraiment bien utilisée et permet de contempler de belles images.
L’odyssée de Pi est au final une illusion dans sa conception et dans son histoire et le retournement de situation à la fin en ébranlera plus d’un. Mais c’est à ce moment que Pi posera une question capitale qui touchera tout spectateur qui aura vu et pénétré dans l’univers du film et qui remettra en cause notre perception du merveilleux et de nos (propres) mythes fondateurs (de notre moi intérieur): que préférons nous comme histoire ? Que recherchons nous comme histoire ?
Et le dernier plan (magnifique et sobre) traduit tout notre dilemme sur l’histoire racontée.
L’odyssée de Pi est un film bouleversant, magnifique, magistralement interprété et véritablement émotionnel. Mais cette odyssée est aussi notre odyssée, qu’on le veuille ou non.

Alexis du ciné@lex

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