Les monstres s’invitent à Noël

En octobre 1993, sort sur les écrans américains un drôle de film d’animation, bien loin des dessins animés que propose habituellement Disney, un film où les héros sont des habitants de Halloweentown qui décident de fêter Noël, ce film d’animation s’appelle L’étrange Noël de monsieur Jack.

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 Si les premières collaborations entre Tim Burton et Disney n’aboutissent qu’à des impasses artistiques (Hansel & Gretel fut diffusé de manière anonyme sur Disney Channel et Frankenweenie subit une interdiction de moins de 13 ans pour son sujet pas très joyeux), elles permettent au jeune cinéaste en herbe de développer un poème qui deviendra la trame principale du futur long-métrage d’animation  et des croquis de personnages et de décors qui donneront au film cette ambiance gothique, un peu monstrueuse  mais joyeuse au fond.

Après les succès, surprises, de Pee-Wee big adventure, Beetlejuice, Batman, et de Edward aux mains d’argent, Tim Burton revient sur ce projet qu’il a laissé murir pendant une dizaine d’années pour en tirer un film d’animation en stop-motion (comme à ses débuts avec Vincent), mais le cinéaste est occupé sur la suite des aventures de Batman (Batman le défi) ; de plus réaliser un film en stop motion est très long, et le cinéaste ne peut donc que superviser le projet. Pas grave. Durant ses années Disney, Tim Burton a eu le temps de se faire quelques amis dans l’univers rose bonbon de la firme, dont un certain Henry Selick (James et la pêche géante, Coraline) qui possède une sensibilité identique au réalisateur de Sleepy Hollow. Tim Burton propose à son ami de réaliser ce film d’animation.

Mais pour l’amoureux des monstres, L’étrange Noël de monsieur Jack doit être une comédie musicale ; et c’est tout naturellement que Tim Burton fait appel à son ami et collaborateur Danny Elfman pour composer la musique et écrire les chansons d’un film même pas encore écrit, en fait sa femme de l’époque Caroline Thompson (scénariste sur Edward aux mains d’argent et La famille Adams) écrit le scénario.

Malheureusement le projet est difficile à monter, et pour trouver un financement honorable, Tim Burton se tourne vers celui qui ne savait pas quoi faire de ce cinéaste en herbe : le studio Disney.  Doté d’un budget de 18 millions de dollars, l’équipe de rêve peut se mettre au travail.

Si le film semble engagé sous de bons hospices, L’étrange Noël voit l‘équipe de rêve vit de grands moments de tension: le clash de 2 ans entre Tim Burton et Danny Elfman (ils se retrouverons sur Mars Attack) car le producteur Burton souhaite que les chansons soient retravaillées, travail harassant  pour le compositeur, Tim Burton supervise avec insistance le processus de création, le travail très difficile de l’animation image par image (création de milliers de visage pour exprimer voyelles, consonnes mais aussi sentiments), et au final seul le nom de Tim Burton est retenu (le film en V.O. s’appelle Tim Burton’s Nightmare before Christmas). Le projet se termine dans la douleur pour quoi au final ?

Une œuvre magnifique, gothique, à l’histoire prenante et aux enjeux dramatiques puissants et réellement touchants, servie à la fois par une maitrise technique de son mode de création et d’une mise en scène dynamique capturant des moments magnifiques. Les chansons dans ce film, qui ont causé une rupture entre Burton et Elfman, sont saluées pour leur dynamisme, leur impact sur le public. Toutes les chansons sont mémorables : la toute première chanson This Halloween est même devenue un must et a été reprise par le chanteur Marylin Manson,    What this ?  est devenue une chanson phare de l’œuvre, mais nous avons le droit à des chansons beaucoup plus tristes et mélancoliques comme Jack’s lament et Sally’ssong qui étrangement sonnent comme un écho à l’état d’esprit de Tim Burton sur le monde qui l’entoure. Le scénario met en avant que même les monstres sont humains et qu’ils ont droit au bonheur, ne serait ce qu’une fois.

D’un point de vue très personnel, ce film a été une vraie claque, il est impossible de voir le film sans pleurer sur le personnage de Jack Skellington et ses mésaventures, tout comme Sally et sa volonté de liberté.

Mais le plus émouvant reste les dernières minutes du film quand les deux personnages se retrouvent sur la colline si caractéristique de Halloweentown et se déclarent l’un à l’autre un amour réciproque. Cette dernière scène a un tel impact émotionnel qu’il est l’antithèse du final de Edward aux mains d’argent (pour rappel : Edward et Kim s’avouent un amour réciproque mais Kim est obligée de revenir dans son monde), offrant la possibilité à deux personnages qui comprennent leur monde mais qui n’acceptent pas les tenants et les aboutissants (Jack est l’organisateur de la fête d’Halloween et Sally est une esclave) de connaître le bonheur qu’ils cherchaient durant tout le long-métrage.

L’étrange Noël de monsieur Jack rapportera 50 millions de dollars sur le sol américain et attirera 279 000 spectateurs en France.

Mais au fil des années, le film trouvera un public fidèle qui ovationnera ses qualités plastiques, techniques et narratives. Après L’étrange Noël de monsieur Jack, Tim Burton ne s’aventura plus sur le terrain de la stop motion pendant une dizaine d’années (il produira malgré tout James et la pêche géante de Henry Selick) jusqu’au film Les noces funèbres.

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