Un jour quelqu’un m’a dit, peu après la sortie de The Dark Knight, avoir revu Batman de Tim Burton et l’avoir trouvé “kitch” “mal vieilli”. Je n’ai jamais pris au sérieux ces dire.et pour cause “I’m Batman”.

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Batman de Tim Burton 
Avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Robert Wuhl, Michael Gough

Note: ♥♥♥♥

Ce Batman se concentre sur la confrontation entre l’homme chauve-souris et le Joker. Les deux représentants de ce qu’est Gotham City vont se livrer une bataille sans merci… à la sauce Burton quand même. 
Revoir ce Batman c’est comme se dire “je crois en Batman” et quiconque voit ce film ne peut l’oublier.
Ce premier blockbuster de Tim Burton est bien signé de sa patte. On retrouve toutes les thématiques et l’univers de son géniteur freak. Mais également l’essence même du carped crusader.
Le film est perpétuellement imprégné d’une aura mystérieuse, gothique, sombre, torturé mais également d’un ton volontairement léger, décalé, drôle. 
Tout d’abord le film s’ouvre sur une musique calme, funèbre qui monte vers des notes puissantes, opératiques,épiques. Après une entrée qui procure des frissons, le film s’ouvre sur une ville embrumée faite de building, ce qui aurait pu être une ville tout à fait semblable à New York devient un monde à la limite du fantastique, fantaisiste pourtant quand on se rapproche de ce monde les gens ont l’air normaux (avec leurs costards cravates, vestes, jeans ou autre), les voyous sont humains bien qu’inquiétants. 
Nous faisons la connaissance d’une petite famille tout à fait banale (un père, une mère, leur fils) et soudain ils sont attaqués… est ce la famille Wayne ? Non. Et l’ange de la nuit surveille et va réparer l’injustice.
En quelques minutes Tim Burton a planté son univers et son personnage principal qui n’a pas besoin de beaucoup de temps pour se présenter contrairement à aujourd’hui où l’on attend 40-45 minutes pour découvrir le super-héros dans toute sa splendeur. Mais chez Tim Burton Batman se présente d’une manière surprenante, il semble toujours à la limite surtout quand il corrige les deux voyous au début du film, sa première apparition a quelque chose de terrifiante, proche du vampire Dracula. 
Pourtant suite à cette première séquence impressionnante, Tim Burton opte pour une approche plus polar, roman noir: les flics sont gras, sales, mal rasés corrompus par une pègre sorti tout droit des années 30 (le lieutenant Edgar et Jack Napier), les journalistes sont habillés avec des feutres délavés t de longues vestes (Alexandre Knox), les filles sont sexy et débrouillardes (Vicky Vale). 
Pendant quelques minutes on oublierait presque que nous sommes devant un film Batman, mais le chevalier noir n’est jamais loin. 
On peut dire que Tim Burton a su retranscrire ce qu’est Batman: un super-héros terrifiant qui évolue dans un univers contemporain en proie à la violence. 
La mise en scène du réalisateur s’accorde parfaitement avec le dark knight, il insuffle fantastique et gothique dans toutes ces scènes de manières plus ou moins explicite que ce soit la mort des parents de Bruce Wayne, le manoir, le final dans la cathédrale.
Mais cette noirceur est contre balancée par une légèreté surprenante qui est bien sûr loin d’être enfantine tout de même (les blagues morbides du Joker, le romantisme entre Vicky Vale et Bruce Wayne). 
Tim Burton qui n’est pas un filmeur d’action s’en sort bien avec notamment un final, qui lui va à ravie, au sommet d’une cathédrale démesurément grande (idée venant de ses producteurs) mais en dehors de ces scène de bastion et course poursuite, il insuffle iconoclasme et épique à un personnage qu’il comprend (le plan final ténébreux, symbolique et puissant), . 
Les personnages sont très bien travaillés à commencer par le héros et son double qui semblent former une contradiction et qui pourtant s’assemblent parfaitement. Une part paraît décalé un peu lunaire et l’autre part sombre et torturé. L’interprétation de Michael Keaton est vraiment bonne et apporte la complexité nécessaire à un tel personnage. 
Jack Nicholson capture parfaitement l’essence du Joker, un fou qui s’amuse à tuer, mais également à faire rire avec ses blagues morbides (hilarantes). Même si elle est totalement différente de celle habitée par Heath Ledger, Jack Nicholson retranscrit ce qu’est le Joker, un personnage dangereux et sympathique que le public aime pour ce qu’il est: imprévisible, charismatique, psychopathe et cartoonesque.
Kim Basinger est Vicky Vale, la touche romantique et sexy (mais pas vulgaire) et son partenaire Robert Wuhl est en quelque sorte un second héros (il cherche à séduire Vicky Vale tout en se faisant rembarrer, mène son enquête sur la pègre à Gotham), avec le charme d’un héros sans masque, lâche mais qui cache en lui une forme de courage. 
Et bien sûr il y a le sympathique Alfred Pennyworth (Michael Gough) figue paternelle, le sage, le grand père rêvé, une présence chaleureuse et réconfortante.
Mais en dehors des personnages et de leurs interprètes, soulignons l’importance de deux personnages clés qui y sont pour quelque chose dans la réussite de Batman: les décors et la musique. 
Ces deux éléments apportent la personnalité à Batman: les décors ont une teneur fantastique, surréaliste bien qu’ils soient réalistes (dans le sens où cela ressemble à une ville à New York) cet aspect sera poussé à ses limites avec Batman Returns et l’expressionnisme allemand si cher à Tim Burton. 
La musique apportera le souffle épique et grave qui correspond parfaitement au chevalier noir (quel thème principal) et les chansons de Prince qui colle au Joker renforce sa loufoquerie. 
Ce Batman, le premier épisode d’une série de 4 films qui se suivront durant la décennie 90, est une réussite totale à la fois produit hollywoodien et véritable expression du génie de Tim Burton qui fera de lui l’un des chouchous du public. 

Alexis du Ciné@lex